Salut l’artiste !

La semaine passée, la célèbre Caroline Fourest a été promue chevalier de l’ordre des Arts et Lettres. Bien entendu, cette info ne pouvait pas laisser la clique réactionnaire indifférente. Sur les réseaux sociaux, chacun y allait de son petit commentaire sur l’opportunité de cette décoration, le plus souvent pour évoquer le décalage entre la suffisance fourestienne sur la forme et son insuffisance sur le fond.

De fait, ses prestations médiatiques la font apparaître moins comme une journaliste que comme une militante. Lorsqu’elle guerroie contre l’obscurantisme, l’objectivité pâtit salement. Quant à l’exactitude factuelle et la rigueur intellectuelle, elles sont à chercher du côté des dégâts collatéraux. Quand ses copines Femen font irruption au milieu d’une manifestation organisée par des catholiques traditionalistes en vociférant et en vidant des extincteurs sur la foule, notre trouvère en fait une geste dans laquelle la réalité vient elle aussi subir quelque violence. Ainsi, les furies dépoitraillées voient leur action qualifiée de « protestation pacifique et drôle ». Et les messages qu’elles arborent peints sur leurs torses –  « FUCK GOD », « FUCK CHURCH » et plus si affinités… – deviennent autant de « slogans humoristiques ». Décidément, Caroline aime la rigolade. Et pas trop fine, s’il vous plaît.

Malheureusement pour elle et ses consœurs à poil, quelques jeunes sportifs surgirent du cortège afin de se quereller avec les jeunes femmes qui venaient de les asperger du contenu de leurs extincteurs : ils s’étaient mépris et n’avaient pas compris l’esprit bon enfant dans lequel elles agissaient. Dommage, ce malentendu a quelque peu plombé l’ambiance.

Mais la plume de Caroline a transformé ce fait divers en un récit épique dans lequel une poignée d’agitées sont dépeintes en amazones lancées à corps perdu dans une bataille héroïque. Le récit prend ses distances avec les faits qui l’ont inspiré afin de transporter le lecteur dans un monde imaginaire fait de gentilles féministes enjouées et de méchants obscurantistes coincés. Voilà le monde selon Caroline Fourest – c’est d’ailleurs ainsi que s’appelle sa chronique sur France Culture ! – : un univers onirique créé à partir de ses obsessions.

C’est cette œuvre qu’est venue saluer le ministre de la Culture en décernant la breloque qui récompense « les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde ». Car depuis une bonne décennie, se sont succédé les ouvrages aux titres évocateurs : Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe, La tentation obscurantiste ou encore Les nouveaux soldats du Pape. Légion du Christ, Opus Dei, traditionalistes. Un savant mélange d’intrigues, d’ésotérisme et de lucre qui n’est pas sans rappeler les romans de Dan Brown. En partant en vacances, emportez avec vous un de ces livres et dévorez-le en bronzant sur la plage. Mystère et suspense garantis !

Permettons-nous de signaler, au passage, aux trop nombreux ennemis de Caroline Fourest, qu’elle n’est pas lauréate du Prix Albert-Londres, décerné aux journalistes d’investigation, mais récipiendaire d’une distinction jadis attribuée à des personnalités comme Sylvester Stallone, Shakira, Tim Burton ou, plus près de nous, Dany Boon, Nagui, Muriel Robin et l’ancien chauffeur de Christine Albanel. Félicitons-la donc et réjouissons-nous de voir son talent artistique enfin reconnu. On a tellement besoin de s’évader de la réalité en ce moment…

Sinon, je voulais ajouter un truc, mais j’ai oublié quoi.